Conséquences psychologiques et psychiatriques du jeûne prolongé : perspectives neurobiologiques, cliniques et thérapeutiques

2025

Contexte/Objectifs : Le jeûne prolongé – défini comme une abstinence volontaire d’apport calorique pendant plus de 24 heures – est de plus en plus reconnu non seulement comme une intervention métabolique, mais aussi comme un modulateur psycho-comportemental. Selon le consensus international de 2024, le jeûne intermittent englobe divers schémas temporels, notamment l’alimentation à horaires restreints, le jeûne un jour sur deux et le jeûne périodique de plusieurs jours. Si les bénéfices métaboliques sont bien documentés, les conséquences psychoneurobiologiques et psychiatriques restent encore mal caractérisées. Cette revue évalue de manière critique les données actuelles sur les effets psychologiques et psychiatriques du jeûne prolongé et intermittent, incluant les pratiques laïques et religieuses.

Méthodes : Une synthèse narrative a été réalisée à partir d’essais cliniques, d’études observationnelles et de recherches translationnelles publiés entre janvier 2010 et juin 2025 dans PubMed, Scopus et PsycINFO. Les termes de recherche incluaient des combinaisons de « jeûne prolongé », « jeûne intermittent », « psychologique », « psychiatrique », « jeûne religieux », « Ramadan » et « Église orthodoxe ». Les études éligibles devaient comporter une évaluation explicite de l’humeur, de la cognition, de la physiologie du stress ou des symptômes psychiatriques. Les données ont été analysées qualitativement, avec une attention particulière portée à la qualité des études, aux caractéristiques des protocoles de jeûne et à la vulnérabilité des participants. Il s’agit d’une synthèse narrative non enregistrée, s’appuyant sur des essais cliniques, des études observationnelles et des données précliniques publiés entre janvier 2010 et juin 2025.

Résultats : 87 études répondaient aux critères d’inclusion (39 chez l’humain ; 48 précliniques). Chez les adultes métaboliquement sains, une alimentation restreinte sur une courte période et un jeûne prolongé supervisé ont été associés à de légères réductions des symptômes dépressifs et du stress perçu, ainsi qu’à de petites améliorations des fonctions exécutives – des résultats généralement observés sur de petits échantillons et avec un suivi limité. Le jeûne religieux pendant le Ramadan et les périodes de jeûne orthodoxes ont démontré des effets neuropsychologiques similaires, notamment une perception accrue de la signification spirituelle et une modulation affective, bien que le contexte culturel ait joué un rôle modérateur. Les effets indésirables potentiels sur la santé mentale incluaient une déstabilisation de l’humeur, une exacerbation de l’anxiété et, rarement, des décompensations psychotiques ou maniaques chez les personnes vulnérables. Les essais randomisés ont rapporté peu d’événements indésirables et aucun signe de préjudice psychiatrique grave, tandis que les études observationnelles ont plus souvent noté des exacerbations des symptômes dans les groupes à risque. Les patients présentant des phénotypes de troubles alimentaires ont montré une préoccupation cognitive accrue pour la nourriture et un risque accru de rechute comportementale. L’hétérogénéité méthodologique entre les études – notamment la variation des protocoles de jeûne, des évaluations psychologiques et de la durée du suivi – a limité la comparabilité entre les études.

Conclusion : Les données suggèrent une relation bidirectionnelle : le jeûne pourrait favoriser la résilience psychologique chez certaines populations, tout en présentant des risques psychiatriques importants chez d’autres. La prise en compte des traditions de jeûne religieuses enrichit la compréhension des effets liés à la culture. Afin d’améliorer la rigueur et la sécurité des études, les recherches futures devraient intégrer des évaluations cliniques (p. ex., HDRS-17, CGI-S/CGI-I), un suivi standardisé des événements indésirables utilisant une terminologie psychiatrique validée, ainsi que des protocoles de surveillance prospective de la sécurité, avec un suivi d’au moins 6 à 12 mois.

Vincenzo Bonaccorsi, Vincenzo Maria Romeo (2025). Psychological and Psychiatric Consequences of Prolonged Fasting: Neurobiological, Clinical, and Therapeutic Perspectives. MDPI Nutrients 18(1),60.Retour aux publications scientifiques