
Retour sur le 2ème Congrès International du Jeûne

Les 7 et 8 mars 2026 s’est tenu à Paris et en visio, le 2e Congrès international du jeûne, réunissant des professionnels de santé, chercheurs et praticiens venus de nombreux pays.
Ce congrès a mis en lumière une dynamique internationale particulièrement marquée autour du jeûne, et plus spécifiquement du jeûne intermittent.
Une dynamique internationale en pleine expansion
L’un des éléments les plus frappants est l’effervescence observée à l’échelle internationale. Le jeûne intermittent apparaît aujourd’hui comme une porte d’entrée largement explorée à travers le monde, tant en recherche qu’en pratique clinique. Il ouvre progressivement la voie à des approches plus prolongées, comme le jeûne long, encore moins standardisé mais suscitant un intérêt croissant dont le plein potentiel n’a pas encore été exploré.
Les interventions ont majoritairement porté sur les pathologies dites « de civilisation », avec un focus particulier sur le syndrome métabolique. Dans ce contexte, le jeûne s’inscrit comme un outil d’amélioration de paramètres tels que la glycémie, la résistance à l’insuline ou encore la stéatose hépatique.
Des initiatives cliniques structurantes à l’international
Le programme du congrès a illustré de manière très concrète la diversité et le niveau de structuration des initiatives internationales autour du jeûne. A titre personnel, j’ai été particulièrement marquée par :
• La Dre Èvelyne Bourdua-Roy (Canada), accompagnée de la neuroscientifique Sophie Rolland. Elles ont présenté les effets du jeûne et de la restriction glucidique sur le métabolisme, notamment dans le diabète de type 2 et le syndrome métabolique, à partir de leur expérience clinique. La rapidité des résultats observés, et surtout leur durabilité, étaient remarquables. L’accent mis sur l’éducation thérapeutique et l’autonomisation des patients joue un rôle central dans le maintien des bénéfices à long terme, notamment dans la réversion du diabète de type 2. Les patients redeviennent acteurs de leur santé.
• Le Pr Andreas Michalsen (Allemagne), la Dre Daniela Koppold et le Dr Robin Mesnage ont exposé les données issues de la recherche hospitalière et clinique sur le jeûne thérapeutique. Leurs résultats sont constants et bénéfiques sur de nombreuses pathologies “de civilisation”. L’expérience clinique de l’Allemagne est ancienne et particulièrement rassurante dans le contexte français, où ces pratiques ne sont pas encore institutionnalisées. La volonté affichée de collaboration des cliniques Buchinger avec la France apparaît comme une opportunité à saisir.
• Le Pr Peter Schwarz, président de la International Diabetes Federation, est intervenu sur les liens entre jeûne et régulation métabolique. Son enthousiasme autour du jeûne est particulièrement communicatif. Sa manière d’aborder certaines stratégies, notamment dans la prise en charge de la stéatose hépatique, apparaît plus audacieuse que les standards français, illustrant une approche du risque et de l’innovation dont nous pourrions nous inspirer.
• En France, la présence du Dr Jean-Loup Mouysset marque une avancée notable. Son approche du jeûne intermittent en oncologie s’inscrit dans une vision intégrative particulièrement pertinente pour les pathologies chroniques.
D’autres initiatives françaises, encore émergentes mais prometteuses, ont également été présentées :
• Laura Azenard pour les pathologies ostéo-articulaires, notamment l’arthrose,
• Dre Nadia Leticee et Gaelle Baldassari concernant les pathologies “féminines”. Un point qui mérite d’être souligné, tant la santé des femmes accuse un retard de prise en charge. Le jeûne, par ses effets métaboliques et hormonaux encore en cours d’exploration, pourrait représenter une piste intéressante dans divers dysfonctionnements.
Ces interventions témoignent d’un début de structuration en France, encore dispersé mais en progression notamment grâce aux initiatives personnelles de Jean-Pascal David, co-organisateur du congrès avec la Fédération Francophone de Jeûne et Randonnée et l’Académie Médicale du Jeûne.
Au-delà des intervenants, le congrès, qui était destiné au grand public, a également rappelé les bases physiologiques, les indications et les contre-indications cliniques du jeûne notamment prolongé.
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Vers une nécessaire collaboration internationale
Un point clé ressort de ces échanges : la majorité des initiatives actuelles reposent encore sur des dynamiques individuelles ou locales, portées par des équipes engagées mais souvent isolées.
Dans ce contexte, une collaboration internationale structurée apparaîtrait particulièrement pertinente.
Elle permettrait :
• d’harmoniser les pratiques et les protocoles,
• de mutualiser les données cliniques,
• de renforcer la qualité méthodologique des études,
• et de faciliter la production de publications scientifiques robustes.
L’émergence d’une association internationale de médecins praticiens du jeûne pourrait constituer une étape structurante pour le développement des connaissances.
Un retard français à interroger
À l’issue de ce congrès, un constat s’impose : la France est encore en retrait, notamment en matière de recherche clinique structurée et de publications dans ce domaine.
Alors que certains pays développent des approches cliniques et des programmes organisés, le jeûne reste en France en dehors du cadre institutionnel. Ce décalage interroge, au regard de l’augmentation des pathologies métaboliques, de l’intérêt croissant des patients, mais aussi d’une sensibilité grandissante aux enjeux écologiques, auxquels le jeûne fait écho par sa sobriété et son faible impact environnemental.
Une implication institutionnelle permettrait :
• d’encadrer les pratiques,
• d’assurer la sécurité des patients,
• et de positionner le jeûne comme un outil complémentaire évalué scientifiquement.
A quand un intérêt du collège d’endocrinologie et des diététiciens pour le jeûne en France ?
Vers une médecine intégrative
Les échanges lors de ce congrès ont été particulièrement riches et porteurs d’ouverture. Ils invitent à envisager le jeûne non comme une solution en soi, mais comme un outil thérapeutique à part entière.
Comme tout outil en médecine, son intérêt ne réside pas uniquement dans ses effets potentiels, mais dans la manière dont il est utilisé : indication adaptée, sélection des patients, encadrement, durée, suivi et intégration dans une prise en charge globale.
Un outil mal utilisé peut être inefficace, voire délétère. A l’inverse, un outil bien maîtrisé peut devenir pertinent et complémentaire des traitements conventionnels pour peu que la communauté scientifique lui donne les moyens d’être évalué au même titre que les thérapeutiques médicamenteuses.
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Ce congrès met en lumière un champ en pleine évolution, porté par une dynamique internationale forte mais encore hétérogène. L’enjeu dépasse désormais les initiatives individuelles : il s’agit de permettre au jeûne de trouver sa place, de manière encadrée et éclairée, dans la médecine de demain.
En ce sens, l’AMJ compte bien continuer à participer activement à la construction d’un cadre scientifique et médical rigoureux autour du jeûne, en lien avec nos consoeurs et confrères à l’international.
-> J’accède au replay du congrès.
Article rédigé par le Dre Ludivine BUHLER
